
J’ai fait mes petits tas avec la balayette
Trente-cinq petits tas
Et j’ai éternué.
Autour de moi
tout s’est mélangé
ça fait éternuer mon chat
elle est collante cette bête.
J’ai refait mes petits tas
Trente-cinq balais
Trente-cinq balais qui s’envolent
A toute berzingue à toute pompe
Ça fait craindre le vide le silence le blanc
On croise les doigts on touche du bois
On prend des médocs pour se calmer
Pour attendre tranquillement sans trop s’énerver
On l’attend en regardant sa montre
En attendant
On se fait de l’argent
On se paye des weekends
Des voyages
Des expéditions à l’autre bout
Du monde de la planète de l’âge
On cherche une réponse
On cherche des frissons
Ceux qui vous donnent le change
En attendant
On voudrait créer des choses, des gens
Des mioches, une famille
A soit
Une famille plus grande que mon chat et moi
Une famille qui bouffe avec les doigts
Les premiers temps
Une famille à qui on dit non il n’y a pas de loups
Sous le lit, dans l’armoire
Ni dans la rue, ni dehors ni dedans ni dans le noir
Oui le père Noël viendra
Oui tu grandiras avec la soupe, les petits pois
Oui tu pousseras comme les grands
Oui on ira au parc, au bac à sable
Tu feras du manège, dans le camion de pompier tout court
Et j’en aurais mal au cœur à compter les tours
A réciter les contes les histoires les fables
De Blanche-neige et ses poulains
De la fée carabosse, du méchant machin
A ramasser les pompes de Cendrillon
Je te dirai comment la princesse a libéré son prince
Du terrible dragon
Je te raconterai comment la Belle aux bois dormants
S’est levée comme une grande un beau matin
Et s’est achetée un Balenciaga pour fêter l’évènement
Je te mettrai les bottes de sept lieus pour que tu ailles voir
L’aube se lever dans sa tenue du soir
Je t’habillerai en Zorro si tu veux sauver ta peau
Je t’habillerai en chaperon rouge si tu veux te foutre la trouille
Je te donnerai une baguette magique si tu as besoin de couilles
Je te filerai de la salade pour tes poupées, ta tortue d’eau
Je te donnerai les yeux du hibou si tu veux marcher la nuit
tu rateras la queue du mickey
Mais peut-être pas la prochaine fois
je voudrais tes pattes autour de mon cou
Pour t’aider à voir au-dessus de la foule
Le défilé la mer la houle les grenouilles
Les clowns
Tu feras ton gâteau aux yaourts à côté du saladier
Tu planqueras tes légos, tes play-mobiles sous ton pieu
Tu feras une marque de tes mains dans le cendrier
En terre
Le collier de nouille, le pot de crayon en alu hideux
Tu me l’offriras sûrement à la fête des mères
Tu colleras des crêpes au plafond qu’on vient de refaire
Tu dessineras sur les murs du salon et je gueulerai par tradition
Tu couras dans tes après-skis sans mettre ton pantalon
Tu me fatigueras plein de fois, tu tireras sur ma manche
Pour rentrer vite on va rater le dessin animé à la con
Tu m’énerveras souvent, tu m’inquièteras tout le temps
mais
C’est toi que j’attends
toi que je ne sais pas faire
Pas faire facilement
Pas faire sans se faire aimer avant
Dire que tu ne viendras que si on me tient
On me serre on me sourit et me soutient
J’aimerais te faire avec mes mains
J’aimerais te faire en fermant les yeux
J’aimerais te faire sans avoir peur du loup
Sous le lit, dans l’armoire
Ni dans la rue ni dehors ni dedans ni dans le noir.
Je crois encore au Père Noël
Parfois.
Croquette.